Bon je passe tous les détails de ma petite vie ce soir, de toute façon j'y viendrai tôt ou tard.
Le seul truc qu'il faut savoir c'est que je suis en train de finir mes études à Stockholm, et que de ce fait je suis entouré de plein d'étrangers de tout partout.
Quand je suis arrivé, j'ai pris une première claque : je savais que mon anglais était bas, mais je ne pensais pas qu'il atteignait de telles profondeurs. Il suffit de se comparer avec le chauffeur du bus qui vous emmène de l'aéroport jusqu'au centre-ville pour rougir de honte devant l'étendue du désastre. Mais on s'y fait, et on se console en se disant que si le français a une réputation de nul-en-langue c'est qu'il doit bien y avoir des raisons et on se sent moins seul. Ce qui n'empêche pas de tout faire pour améliorer son niveau le plus vite possible histoire de faire oublier cette réputation à chaque fois qu'on adresse la parole à quelqu'un.
Mais très vite arrive une seconde claque, bien moins facile à avaler celle-ci. Le français est arrogant. C'est du moins ce que tout le monde me dit. Ca passe de la certitude que la langue française est la plus belle à la certitude que les français sont les meilleurs tout domaine confondu, en passant par notre sacro-sainte équipe de football, de loin la meilleure de toutes.
Moi, j'adore le Français ; je trouve la langue belle, pleine de subtilités, je suis à genoux devant les Brassens, Baudelaire et compagnie ; je suis au nirvana quand j'entends des étrangers parler Français, en faisant des fautes charmantes et en déformant toutes nos sonorités avec leurs délicieux accents (ok ça marche surtout pour les filles ça). Mais je reconnais volontiers que le Français est truffé de bizarreries, non-sens et difficultés insoupçonnables (pour s'en rendre compte il suffit d'essayer de donner une fois un cours à de parfaits novices... prise de tête assurée, rien que pour se présenter) ; et surtout je reconnais à beaucoup d'autres langues des qualités tout aussi bonnes que celles du Français.
En plus je me fais régulièrement un vieux complexe d'infériorité, alors de là à m'imposer comme faisant partie du peuple élite mondial, c'est pas gagné. Et de toute façon je suis à moitié suisse alors...
Et enfin j'aime pas le foot. Enfin en tout cas je suis incapable de citer plus de trois joueurs de l'équipe nationale et je parle pas des championnats.
Alors cette claque elle a vraiment du mal à passer, mais comme pour les problèmes linguistiques je me suis dit qu'il devait y avoir des raisons. Si l'on considère la perception de la France par sa politique étrangère, je suis pas un expert mais il semble déjà qu'il y ait quelques petits soucis de compréhension, notamment lorsque la France soutient mordicus à tous que son système est le meilleur alors qu'en interne beaucoup de déficiences apparaissent et que les français eux-mêmes sont parfois sceptiques (et ça marche aussi bien en ajoutant : social, de santé, éducatif, économique, etc etc après le mot système). Mais même sans aller aussi loin, les étrangers que j'ai rencontrés m'ont dit que dans la vie de tous les jours il y avait aussi des problèmes.
Je n'ai pas trouvé d'exemple flagrant d'arrogance, même si j'ai eu l'occasion de croiser des français qui se sentaient très supérieurs au commun des mortels. Mais dans ces cas-là je fuis, donc je n'ai pas d'anecdote. En revanche j'ai remarqué quelque chose de typiquement français : lorsque deux français se parlent, ils se parlent en Français, même au beau milieu d'une conversation en Anglais ou autre, avec plein d'étrangers. Si les deux interlocuteurs sont français, à 9 chances sur 10 ils communiqueront en Français. L'effet direct est de mettre de côté tout son auditoire non-francophone, avec l'implication que "si on veut nous comprendre, eh ben y'a qu'à apprendre notre langue". Je ne pense pas que ce soit de l'arrogance pure, mais cela peut être interprété comme tel
La seule solution que j'ai trouvée en fin de compte, c'est de tout faire pour faire oublier cette navrante réputation. J'essaie d'être le plus humble possible, je massacre l'Anglais de mon accent à coucher dehors, je critique ouvertement ce que je n'aime pas en France. Ca me vaut souvent des "tiens tu ressembles pas à un français toi" mais je m'accroche et je me dis que c'est en commençant avec des petits actes qu'on peut faire de grandes choses (c'était l'instant utopie). Et quand ça devient vraiment trop dur, je dis que je suis suisse.
Vous savez que les suisses sont riches, individualistes et de mauvaise foi ?