19 04 2005
Comme un coup de poing dans le bide
Par Yo, à 10:32
Il fait chaud. Compressés à dix dans trois mètres carrés, les conversations fusent mais mon esprit est ailleurs, bercé par le ronron du moteur. Même les blagues du petit gros assis par terre vers la porte ne me sortent pas de ma léthargie. Il faut paraît-il environ un quart d'heure pour y arriver. C'est long un quart d'heure quand on attend.
Pour ne pas avoir l'air trop stressé, je souris, mais personne n'est dupe. De toute façon tout le monde est passé par là la première fois. Une boule caractéristique se noue au niveau de mon estomac. Je me dis que je suis quand même sérieusement atteint pour faire ça. Aucune utilité, je ne sais même pas si ça va me plaire, et bon quand même, si quelque chose se passait mal ? Une sangle qui lâche, je sais pas moi. J'ai jamais entendu de parler d'accident de ce type mais quand même !
Tiens tout le monde a l'air de se préparer. Ca doit être là. Le rigolo de tout à l'heure ouvre la porte. Là c'est pas une boule que j'ai dans le bide. Ca ressemble plus à un grand coup de poing au niveau du plexus, style combat de rue catégorie poids-lourd, pas de règle, le premier par terre a perdu. Là je suis pas KO mais déjà bien étourdi. Ils sortent tous, au fur et à mesure. Le regard qui pétille, ils ont l'air content. Un éclair de lucidité me fait comprendre que je me suis embarqué dans la Nef des Fous. D'ailleurs moi-même, à bien y regarder, je ne suis pas loin de manquer de lucidité sur ce coup-là. Bordel il était pas bien ce mois d'Août, fallait vraiment tout gâcher ? Et qu'est ce que je fous là en fait ? Un pari avec moi-même, histoire de dire que j'ai eu les couilles, que je suis un vrai, que j'ai pas que des rêves mais que je sais aussi mettre en pratique... J'arrive même plus à trouver ma motivation initiale. De toute façon maintenant c'est trop tard. Je me suis dirigé vers la porte sans m'en rendre compte, comme un automate. Je fais comme on m'a dit. Je regarde à droite, tout va bien. A gauche, tout va bien. Je sors.
Un grand vide emplit mon esprit. Paradoxalement tout tourne à toute vitesse dans ma tête, je me pose et me repose les questions de tout à l'heure et je suis toujours incapable d'analyser la moindre de mes émotions mais l'euphorie remplace peu à peu l'angoisse. Il faut dire que le gars à la mine réjouie en face de moi n'y est pas pour rien. Je crois qu'il s'appelle Denis. Je n'arrive pas bien à me souvenir, mais finalement ça n'a pas d'importance. Je suis heureux. Je me sens vivre. Il me tire un grand coup sur les bras, je ne comprends rien. Il sourit toujours, je crois que je fais tout bien comme il faut. Je sens confusément la présence d'un autre sur mon flanc. Je le regarde, il est concentré mais a l'air détendu lui aussi. Je regarde par terre, et je reçois en guise de récompense une tape sur la tête : on ne regarde pas par terre, on est fier, le regard haut. Et apparemment il faut sourire béatement comme le monsieur. Un bref regard à mon poignet m'indique qu'il est grand temps. J'éxécute une fois de plus ce geste cent fois répété. Je tire et un grand choc s'ensuit.
Aussitôt après, le souffle bruyant a laissé la place à un calme extraordinaire, apaisant. Le parfum capiteux de ma toute récente expérience me tourne délicieusement les sens, je suis bien. Je regarde enfin par terre. Les voitures sont minuscules, les champs alternent le vert et le jaune, les autres voiles multicolores emplissent le ciel sous moi. Je redescends, doucement, tout doucement. Avec en tête l'impétueuse envie de recommencer dès que possible.
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